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Interview TechDays 2014

9 août 2014

Arnaud Alcabez

1/ Quelle évolution de la perception du Cloud dans les entreprises ? Toi qui es au contact des clients au quotidien, quel est ton avis ? Evolution au niveau des enjeux & risques ?

La question n’est pas « si » mais plutôt « quand », du moins si vous n’avez pas encore commencé. Le processus d’intégration du Cloud Computing dans leur système d’information leur parait inéluctable. Ils sont persuadés que les fournisseurs vont proposer sur le marché de plus en plus d’objets connectés et qu’à un moment, les DSI se devront de les intégrer dans leur environnement informatique.

Certains de nos clients ont déjà commencé leur migration. D’autres, plus réservés, ne se sentent pas prêts, considérant qu’ils n’ont pas encore été totalement rassurés par leurs fournisseurs et les autres acteurs du marché.

En ce qui concerne la législation, les clients pensent que celle-ci s’adaptera aux nouvelles conditions économiques, car ces conditions dépassent de loin le marché français, et que le gouvernement ne souhaitera pas que notre pays devienne pour nos générations futures une sorte de Corée du Nord du numérique. Bien sûr, le législateur sera se montrer prudent afin de protéger les consommateurs, notamment dans le respect de la vie privée de nos concitoyens et l’accessibilité à leurs données.

En tout état de cause, le monde industriel du numérique distribue des nouveaux produits et services sur un cycle relativement court (environ 3 ans) alors que le cycle législatif fonctionne quant à lui sur un cycle beaucoup plus long. Ce n’est donc pas en termes de régulation qu’il faut penser, à moins de vouloir bloquer totalement sa stratégie du numérique.

Je prends un exemple. Dès 2011, plusieurs articles ont mis en lumière des conducteurs qui selon leurs dires n’arrivaient plus à désactiver leurs régulateurs de vitesse. Considérant ces dispositifs comme des ancêtres lointains des voitures intelligentes de demain, le législateur aurait pu ouvrir un débat quant à la place de plus en plus grandes des objets remplaçant les êtres humains et commencer à travailler sur un projet de loi. 2 ans après, rien de concret, alors que les objets intelligents arrivent dans nos foyers.

Pourquoi considèrent-ils le Cloud Computing comme inéluctable ? Parce que ce concept est la suite logique des travaux qu’ils ont largement déjà entamé (entreprises privées comme service public) : La dématérialisation et la mutualisation, pour de multiples raisons telles la rationalisation des investissements, le gain de temps pour les traitements ou les besoins de conservation des documents.

La mondialisation des marchés et les besoins de compétitivité industrielle demandent aux entreprises qu’elles soient réactives et qu’elles puissent se réorganiser rapidement dans un espace client sans limite : Un outil de production dans un pays où la main d’œuvre est peu chère, une gestion financière de leurs actifs dans un pays offrant des conditions attractives, et des clients potentiels dans des pays en forte croissance.

Ainsi le Cloud Computing passionne aujourd’hui toutes les strates de l’entreprise : La direction générale, la production, les ventes.
2/ Quelle architecture Cloud pour quels besoins ? Questions à se poser ? Choix ? Etapes ?

Les besoins que nous traitons par le Cloud Computing le plus souvent tournent sur cinq domaines : les serveurs de fichiers à capacité infinie, les applications mobiles le web social dont les pics de charge sont difficilement prédictibles, les plans de reprise et de disponibilité et d’archivage, les sociétés visant un développement à l’international, et enfin le big data.

Pour les risques, ils viennent la plupart du temps du management de l’entreprise :

  • Certaines DSI ne sont pas prêtes pour gérer des projets de Cloud Computing
  • L’approche Cloud Computing diffère d’un projet classique au sens où il n’est pas simple de passer d’une infrastructure d’investissement et d’exploitation à une infrastructure payée à l’usage
  • Enfin, souvent les périmètres sont flous, les projets trop ambitieux ou mal présentés aux métiers ou aux autres directions opérationnelles ou générales

Généralement, on commence par avoir une vision claire de son parc informatique côté serveurs, puis de regrouper ces environnements en ligne de services (ou blocs). Cela permet mettre en lumière les adhérences entre les blocs, de définir des trajectoires cohérences avec les objectifs (SaaS, IaaS, hybride, interne), puis de clarifier le chemin de migration en identifiant les projets porteurs : C’est-à-dire, ceux qui présentent aux utilisateurs de la simplification dans leurs tâches quotidiennes.

Il ne faut pas hésiter à revoir les fondamentaux afin de mieux profiter des richesses qu’offre cette nouvelle forme informatique : rationaliser les socles techniques (ou systèmes), concevoir des packages applicatifs, automatiser les déploiements et les intégrations de serveurs. Penser également au massivement parallèle et au rapport entre traitement et coûts : Ainsi, utiliser une machine pendant 1 jour pour un traitement revient au même prix que d’utiliser 4 machines pendant 6 heures. Dans le premier cas, vous obtenez votre résultat dans 24 heures, dans l’autre dans 6 heures… pour le même coût.

Pour démarrer, pensez d’abord aux projets concrets : archivage et nouvelles applications peuvent vous permettre de mettre un pied dans le Cloud Computing de manière assez sereine.

Ne sous-estimez pas certains éléments qui seront forcément à revoir avec le projet :

  • La sécurité et plus particulièrement l’authentification multi facteurs
  • Le support technique
  • Le delivery en self-service
  • Les aspects économiques et juridiques du service

Enfin, un projet Cloud se traite en plusieurs fois : L’initialisation et l’intégration vous permettra de faire un gain économique substantiel sur le coût de production, mais pensez à viser dès le départ la deuxième réduction d’échelle. Elle se traite généralement en deux tâches parallèles :

  • L’optimisation de la consommation Telco, via une société spécialisée dans la négociation des coûts
  • L’optimisation de la consommation IT, via des possibilités de provisionning de charges et d’allocation de machines lorsque le coût de l’offre de la VM par l’opérateur descend en dessous du prix que vous aviez fixé par enchère (on appelle ce mécanisme le « spooting » par exemple chez Amazon Web Services)

Un projet Cloud réussi mettra votre entreprise dans de bonnes conditions pour démarrer son processus de transition vers cette forme informatique agile. Ce n’est pas une option, c’est une obligation de réussite.
3/ Cette année les TechDays sont orientés Transformation & Innovation numérique. Le numérique est désormais au cœur du business ? Qu’est ce qui est en train de changer au sein des entreprises ?

C’est une bonne question : C’est un fait et un point important. Le numérique est au cœur du business. Certaines entreprises prennent le bon chemin, d’autres sont malheureusement mal éclairées par certains de leurs collaborateurs proches qui souhaitent réguler l’information, la contrôler. Ils sont dans le faux et entraînent l’entreprise sur un chemin dangereux.

En effet, laisser des informations à l’insu de notre plein gré, qu’un tiers y ait accès, fait partie de notre quotidien. Je veux dire que c’est un débat qui se fait depuis que l’état civil existe. Ce qui a changé, c’est le volume de données que nous laissons comme des traces de notre passé. Ces individus qui souhaitent contrôler et réguler l’information sont des paranoïaques. Plus ils contrôlent, plus ils ont l’impression que quelque chose leur échappe. Nous sommes peut-être espionnés. Et alors ? Construire des barrières, on connaît : Le mur de Berlin, la DMZ entre la Corée du nord et du sud de 4km. Or, le réel problème n’est pas de savoir si quelqu’un lit ou ne lit pas nos informations, mais le risque est qu’on puisse les déformer, c’est-à-dire pratiquer de la désinformation en réinsérant sur le réseau de l’information erronée ou falsifiée. C’est de ce dernier point que l’entreprise devrait se méfier.

Souvenez-vous de l’affaire ClearStream.

En conclusion, l’entreprise adapte des technologies numériques en en faisant, elle laisse de plus en plus de traces numériques. Elle doit encore apprendre à protéger son système, non pas dans l’exfiltration de données, mais dans le fait de s’assurer que ses données ne puissent être modifiées ou réinsérées frauduleusement dans son système informatique, dans la perspective de lui nuire.

C’est en ce sens que l’entreprise doit changer.

Pour IT Pro Magazine, 2014

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