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Stratégies – La ruée vers l’or…numérique

21 avril 2014

Arnaud Alcabez

Ça bouge côté IaaS. Google, la société bien connue pour garder des produits en béta le plus longtemps possible vient d’annoncer que son offre d’infrastructure en tant que service (IaaS) quittait la phase beta. Lancée en version Limited Preview en juin 2012, Google Compute Engine (GCE) est entré en phase de disponibilité générale (GA). Pour le moment, cette offre, disponible en Europe sur deux centres de donnés, propose le support de Debian, CentOS, SuSe, Red Hat Enterprise Linux et FreeBSD. Ainsi, Google Compute Engine, dont les concurrents sont Windows Azure Virtual Machine chez Microsoft et Elastic Compute Cloud ou EC2 chez Amazon, complète l’offre Google Cloud Platform dont les services sont détaillés ici : https://cloud.google.com/products/. Google met en avant certaines entreprises qui utilisent déjà GCE, comme l’éditeur Red Hat, l’application de partage de photos Snapchat ou le service d’agenda Evite.

Si les offres IaaS sont moins populaires que celles concernant le SaaS (Software as a Service) à partir du moment où elles ne s’adressent pas aux utilisateurs finaux, elles sont néanmoins stratégiques quant au développement des nouveaux services logiciels à venir. Jusqu’à l’annonce faite par la société Google, le Gartner avait publié en Août 2013 un quadrant magique (http://gtnr.it/1hdGKqz) sur le positionnement des acteurs de ce segment :

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Il faut toutefois modérer l’arrivée de Google dans la fourniture de service de type « Compute » par rapport aux deux leaders Microsoft et Amazon. En effet, n’ayant pas d’accord de licences avec Microsoft, le support des systèmes d’exploitation et des logiciels de l’éditeur de Redmond sur la plateforme GCE n’est pas disponible, et au regard de leur relation tendues, il y a peu de chances que cela puisse se faire dans un avenir proche. D’un autre côté, je pense que ce n’est à priori qu’une question de temps, car il parait compliqué que le support des systèmes d’exploitation et des applications de Microsoft au travers des accords de Software Assurance et de licences sur des environnements virtuels (http://www.microsoft.com/licensing/about-licensing/virtualization.aspx) ne puissent  pas être possibles sur GCE sans que ce soit considéré comme une pratique anti-concurrentielle de la part de l’éditeur de Redmond.

Les autres fournisseurs de plateformes IaaS auront bien du mal à exister, sauf de s’orienter vers des services à valeur ajoutée, vu les investissements que les sociétés Amazon, Google et Microsoft consentent sur leurs infrastructures. En effet, selon le Gartner, et depuis 2005, Google aurait investi 20,9 milliards de dollars dans son infrastructure, Microsoft 18 milliards, et Amazon 12 milliards, comme le montre le schéma ci-dessous :

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Pour autant, est-il raisonnable de comparer les infrastructures des trois sociétés ? En effet, si le cœur de métier de Microsoft est lié à son activité de licences de logiciels informatiques, Google tire principalement ses revenus de la vente de mots-clés sur son moteur de recherche, pendant qu’Amazon profite de son activité de portail de commerce électronique et de logistique.

Comme le montre le graphique ci-joint, la stratégie d’Amazon, dont l’un des mantras est « It’s still Day 1 at Amazon* »  peut paraitre déroutante au premier abord : +220% en trois ans, sans bénéfice.

* C’est toujours le premier jour chez Amazon

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Mais en fait, elle est sans pitié : Amazon investit massivement depuis plusieurs années à la fois pour assumer ses ventes en augmentation – entrepôts, main-d’œuvre, expansion en Asie – et pour se diversifier – liseuses, production audiovisuelle, Cloud Computing », moyen de paiement. Partout où il s’installe, le géant de la vente en ligne veut briser les reins de la concurrence en vendant quasiment à prix coûtant, puis à racheter ce qu’il en reste.

Comment Amazon compte-t-il un jour rentabiliser ses investissements ? La réponse est peut-être à chercher dans cette interview du New York Times (http://nyti.ms/1djru8D) : « Une fois qu’Amazon aura avalé toute la concurrence et se sera attaché les faveurs des clients grâce à sa générosité apparente, Je ne pourrai plus me rendre compte que les prix augmentent car je n’aurai plus aucun élément de comparaison ».

En septembre 2013, Microsoft a mis en ligne un document intitulé « Microsoft IT Showcase – Business Case Study – Implementing Hybrid Cloud at Microsoft ». On y apprend que Microsoft utilise aujourd’hui plus de 1.100 applications, et que si 90 à 95% des applications pourraient être migrées vers un cloud IaaS privé ou public, environ 5% à 10% des applications nécessitent d’être restructurées afin d’être migrées vers un environnement PaaS.

Toutefois, la figure 5 du document donne un éclairage sur la stratégie de Microsoft et dans son adoption de la plateforme Windows Azure comme environnement de destination, ce qui aura pour effet soit de vous rassurer, soit de vous inquiéter.

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L’élément peut être le plus intéressant de ce graphique est la courbe représentée par ce que l’éditeur qualifie de « Cloud privé », avec une régression soutenue à partir de 2016 (je vous rappelle que les fiscales chez Microsoft commencent et se terminent en Juillet).

L’éditeur s’en explique dans le document : « Microsoft IT est convaincu que grâce à un effort concentré de toute l’organisation qui embrasse pleinement la technologie du Cloud Computing, cette dernière peut accélérer le modèle d’adoption de telle sorte que le point d’inflexion entre cloud privé et public se fera en 2016 plutôt que 2020, qui est la trajectoire actuelle. En accélérant le modèle d’adoption, celui-ci permettra de réduire le besoin de matériel supplémentaire comme prévu pour le moment. Microsoft IT continuera à examiner les impacts financiers dès que les technologies du Cloud Computing émergeront progressivement, afin d’avoir l’opportunité d’accroître le périmètre de notre migration ».

Vous pouvez retrouver ce document ainsi que d’autres références sur le portail http://technet.microsoft.com/en-us/library/gg521165.aspx

Ainsi, Google, Amazon et Microsoft convergent vers une même stratégie autour du Cloud public, même si chacun introduit les services en fonction de ses propres besoins internes. C’est le cas d’un service comme WAAD (Windows Azure Active Directory) http://www.windowsazure.com/fr-fr/services/active-directory/ qui diffère fondamentalement des services équivalents sur les autres plateformes IaaS, comme Amazon IAM (Identity and Access Management) http://aws.amazon.com/fr/iam/ ou Google, qui préfère s’appuyer sur son écosystème http://bit.ly/1fAKDFq.

Il est difficile dès à présent d’imaginer dans quel tiercé gagnant les trois éditeurs termineront cette décennie de déploiement et de montée en charge de leurs plateformes IaaS, même si on peut tout à fait présager que les écarts se réduiront avec le temps et qu’Amazon ne sera plus longtemps seul dans sa position sur le quadrant du Gartner.

Pourquoi cette course effrénée vers le IaaS ? A vrai dire, ce n’est certainement pas pour les quelques millions d’unités que représentent vos infrastructures actuelles que les éditeurs brûlent leur argent à coup de milliards de dollars et mettent en place ces infrastructures coûteuses, mais pour le fantastique eldorado des objets qui composeront l’économie et la société connectées de demain.

A l’heure actuelle, le moteur de recherche Shodan (http://www.shodanhq.com/), spécialisé dans la recherche d’objets connectés à travers le monde, en répertorie près d’1,5 milliards. Alors que pour l’Idate, 15 milliards 7 de « choses » sont connectées à Internet actuellement, contre 4 milliards en 2010 ; le cabinet d’études français estime que 80 milliards le seront en 2020, contre 212 milliards pour l’entreprise américaine IDC, alors que le Berg Insight d’un côté, l’IMS Research et le cabinet Gartner de l’autre, tablent, respectivement, sur 50 et 30 milliards d’objets connectés à cette date.

Une étude de Cisco de 2013 prévoit qu’en 2020 les objets connectés constitueront un marché potentiel de 14 400 Md$, ou 6 460 milliards pour l’IDC, alors que le cabinet de recherche Gartner la même année prévoit 1 900 Md$ au même horizon. Pour le cabinet ABI Research, le marché mondial des objets connectés mobiles va exploser auprès du grand public et connaître une croissance de 41 % par an en moyenne. Le seul marché des objets M2M devrait, selon ce que prévoit le cabinet Machina Research, peser 714 Md€ en 2020 (+ 685% par rapport à 2010). Selon l’étude prospective de l’Idate, c’est le marché du M2M qui devrait connaître le plus fort développement dans la prochaine décennie, avec une croissance annuelle de 15 %.

Derrière ces batailles de chiffres qui varient du simple au triple, et des terminologies telles que Web 3.0, Internet des objets (ITo – Internet of Things), SmartCities, ou Industrie 4.0 en Allemagne, les marchés sont à la dimension des investissements consentis par les poids lourds du secteur.

A ceux qui penseraient que le Cloud Computing n’est qu’une offre d’hébergement comme les autres, ils font juste une petite erreur d’échelle.

Publié dans IT Pro Magazine, Janvier 2014

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