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Stratégies – Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités

27 novembre 2012

Arnaud Alcabez

« La responsabilité est le devoir de répondre de ses actes, toutes circonstances et conséquences comprises, c’est-à-dire d’en assumer l’énonciation, l’effectuation, et par suite la réparation voire la sanction lorsque l’obtenu n’est pas l’attendu. »

Selon Nelly Fesseau (Terra Nova), le poids du numérique dans l’économie est de 6% en France et de 13% aux Etats-Unis, et celui-ci ne fait qu’augmenter au fil des années, avec l’Internet, le Cloud Computing, les téléphones mobiles et les technologies de géolocalisation.

L’émergence de ces technologies a favorisé la puissance de « World companies » telles que Google, Facebook, Apple, Amazon, Twitter, Microsoft, etc. Comme le dit la citation apocryphe « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », or ces entreprises ont encore fort à faire en matière de responsabilité dans un grand nombre de domaines.

Sur la photo du diner du 17 février 2011 dans la Silicon Valley, en partant de Barack Obama, Président des Etats-Unis d’Amérique, dans le sens des aiguilles d’une montre : Steve Jobs, CEO d’Apple; Steve Westly, Partenaire, Westly Group; Ann Doerr, épouse de John Doerr; Eric Schmidt, CEO de Google; Art Levinson, Président de Genentech; John Chambers, CEO de Cisco; John Doerr, Partenaire, Kleiner Perkins; Larry Ellison, CEO d’Oracle; Reed Hastings, CEO de Netflix; John Hennessy, Président, Université de Standford; Carol Bartz, CEO de Yahoo!; Nick Costolo, CEO de Twitter; Valerie Jarrett, conseillère senior à la Maison Blanche; Mark Zuckerberg, CEO de Facebook.

Réduire l’empreinte carbone et sélectionner les meilleures sources pour le mix énergétique

S’il est évident qu’un centre de données hébergeant les infrastructures de 300 entreprises vaux mieux que si chaque entreprise disposait de ses propres ressources, les grands fournisseurs ont désormais la taille critique dans leurs différents pays pour être des modèles et des locomotives pour pousser les énergies renouvelables et l’utilisation des smart grids d’un bout à l’autre du réseau de distribution. C’est en bonne voie, même si on revient de loin : Hier en 2008 et 2009, le datacenter de Santa Clara (Californie) de Microsoft a été listé parmi les plus gros pollueurs de la Baie de San Francisco car il utilisait un générateur diesel. Depuis février 2010, Google Energy LLC est une société de Google autorisée par la FERC (Federal Energy Regulatory Commission) à produire, acheter et revendre des énergies non polluantes et renouvelables sur le réseau électrique américain.

Lectures :

http://www.apcmedia.com/salestools/DBOY-7EVHLH_R0_FR.pdf
http://images.wordlesstech.com/wp-content/uploads/2012/11/The-Cost-of-Powering-the-Internet-2.jpg
http://www.slate.fr/lien/65387/cout-energetique-internet-centrales-nucleaires
http://www.greenwavereality.com/
http://www.journaldunet.com/solutions/expert/52822/des-data-centers-pour-reduire-sa-facture-energetique.shtml
http://docs.zigbee.org/zigbee-docs/dcn/11-5355.pdf

Smartphones et tablettes : Entre le financement des guerres pour le coltan et la pollution des sols par métaux lourds

Pour réaliser certains composants électroniques utilisés dans la fabrication des téléphones portables, des ordinateurs, des caméras vidéos mais aussi des systèmes hautement spécialisés comme les satellites et les réacteurs, on utilise un minerai plutôt rare et précieux (ce qui lui vaut le nom d’or gris) : le coltan. Pour certains de ces produits technologiques il n’existe pas d’alternative au tantale extrait du coltan, en particulier pour les appareils de communication sans fil. L’Afrique, à elle seule, posséderait 80 % de ce minerai, réparti notamment dans la zone des grands lacs (les deux Congo et la frontière avec le Rwanda) d’où est issue plus de ¾ des réserves africaines. Alors que ce minerai aurait pu permettre aux pays africains producteurs de peser sur les marchés parmi les plus stratégiques et juteux de planète et de disposer d’une source de revenus importante pour leurs économies, ce minerai sème plus de désolation que de valeur ajoutée économique et sociale. Le coltan est au cœur d’un conflit en RDC qui a fait déjà 5 millions de morts, et où les exportations échappent au contrôle des états, les sociétés traitant directement avec les groupes ayant accès au précieux minerai.

Mais à l’autre bout de la chaine, ce n’est guère mieux. Une grande partie des téléphones usagés finissent dans des décharges ou sont exportés vers des sites de recyclage informel en Asie. Ces produits chimiques, qui entraînent des malformations congénitales, des difficultés d’apprentissage et d’autres graves problèmes de santé, ont été retrouvés dans le sol à des niveaux dix à cent fois supérieurs à la normale sur des sites de recyclage en Chine. Ainsi, les entreprises telles que Apple, Samsung, LG, HTC, en mettant sur le marché de plus en plus rapidement de nouvelles versions de leurs produits ne font qu’accélérer le processus.

Lorsque dans plusieurs années, on sera en mesure de juger les désastres écologiques et humains, ces entreprises pourront-elles dire « nous ne savions pas ? ». Aujourd’hui, toutes ferment les yeux, alors qu’elles devraient se soucier de mettre en œuvre un cycle vertueux, allant de l’extraction de leurs matières premières au recyclage de leurs produits frappés d’obsolescence commerciale. Malheureusement, nous sommes au point zéro, et seules des ONG et certains mouvements comme les Anonymous tentent d’avertir le public pendant que ces sociétés multimilliardaires continuent à engranger les profits en toute impunité.

Lectures :

http://observers.france24.com/fr/content/20081112-coltan-minerai-sang-congo
http://www.lemonde.fr/planete/article/2012/10/05/du-poison-dans-mon-smartphone_1770564_3244.html
http://www.planetoscope.com/electronique/305-nombre-de-telephones-mobiles-jetes-dans-le-monde.html

Vers un comité international d’éthique pour la recherche informatique

Enfin pour terminer, il y aurait fort à faire à créer un grand comité mondial d’éthique en informatique, à l’instar de ce qui a pu se faire concernant la génétique. La frontière entre une informatique dont le but est de servir les hommes et une informatique dont l’objectif est de mieux les asservir devient de plus en plus ténue.

Entre des armes autonomes (drones et autres robots) pouvant tuer sur la base d’un algorithme et qui n’ont d’ailleurs aucun statut juridique au sens où elles n’existaient pas lors de la ratification des différents traités, à la présomption de crimes, où à la vente et l’utilisation des dernières technologies dans des pays ne respectant ni les droits de l’homme, ni ceux des femmes, du moins, du point de vue de notre monde occidental, le monde a besoin de garde-fous.

En fait, ce n’est pas parce qu’une chose est possible qu’elle est permise ou non-interdite. De même, ce n’est pas parce qu’une chose est légale qu’elle est morale ou déontologique. Ce sera certainement le chantier le plus difficile, étant donné les rapports complexes entre l’Ethique, la Morale, la Déontologie, le Droit et la Loi.

En tout cas, c’est à mon sens une question qui va réellement se poser d’ici quelques années, et en revoyant les photos du diner du 17 février 2011, je me disais que lever sa coupe de champagne était peut-être un peu prématuré…

Lectures :

http://www.rue89.com/2012/11/23/un-terminator-operationnel-dici-vingt-ans-les-ong-salarment-237239
http://www.france24.com/fr/20121123-sms-arabie-saoudite-femme-alerte-sortie-pays-pistage-mari-tuteur-technologie-polemique
http://betanews.com/2012/08/09/microsoft-and-nypd-make-new-precrime-tool-hopes-you-wont-get-a-red-ball/
http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/pccs/documents/rc_pc_pccs_doc_20020228_ethics-internet_fr.html


(Pour IT Magazine, Janvier 2013)

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